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Numéro 16 - Mars 2004
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Éditeur: Neil Anthony Sims

Production: Information Section, Division Ressources marines, CPS, PO BOX D5, 98848 Nouméa Cedex, Nouvelle-Calédonie. Fax (687) 263818)

Produit avec le soutien financier de l'Australie, la France et la Nouvelle-Zélande


Éditorial

Un numéro sur la perle "verte"

Non, vous n’avez pas sous les yeux un numéro spécial sur l’ormeau. Non, ce n’est pas un numéro consacré à la perle vert paon de Tahiti. Nous n’avons pas non plus trouvé comment utiliser des nuclei de cuivre. Ce numéro est le résultat de tout un faisceau de thèmes d’actualité, qui se sont entrecroisés ces derniers mois, voire tout au long de l’année passée. Nous voyons dans l’essor de la perle et de la perliculture un modèle de sensibilisation aux problèmes écologiques. Il pourrait s’agir : a) de l’adoption d’une politique de l’autruche face aux tendances persistantes du marché, b) d’une prise de conscience, par les perliculteurs, de leur complète dépendance à l’égard de la façon dont tout le monde traite nos océans, c) de la reconnaissance du fait que la perliculture est désormais une activité à part entière, et non plus seulement un art ésotérique, exclu des autres forces sociales qui nous poussent ou nous tirent, ou d) de tout cela à la fois.

Examinons maintenant le contenu de ce numéro. Bo Torrey a investi la tribune de la Pew Oceans Commission pour plaider en faveur des mers de la planète. En Australie, des chercheurs proposent d’utiliser les huîtres perlières comme outils de biorestauration, et font valoir que les fermes perlières n’ont pas d’impact négatif sur l’environnement, que dis-je, qu’elles lui sont même bénéfiques. À Hawaii, Black Pearls, Inc. a réalisé des essais en laboratoire et sur le terrain pour montrer que P. margaritifera peut servir de témoin biologique de la présence de métaux lourds dans les eaux tropicales. Plusieurs résumés que nous reproduisons ici traitent des effets de la perliculture sur la génétique des stocks naturels d’huîtres perlières.

En définitive, les fermes perlières sont-elles néfastes, inoffensives ou bénéfiques pour l’environnement ? Il y a quelques années, nous avions conseillé à plusieurs personnes qui s’occupent activement de protection de l’environnement dans la région du Pacifique Sud d’aménager une ferme perlière, au lieu (ou en plus) d’un parc national marin. Notre suggestion a été ignorée ou écartée, j’imagine. Je n’ai pas entendu parler de ferme perlière implantée dans un parc national d’Asie du Sud-Est ou de Mélanésie, mais je persiste à penser que c’est une excellente idée. Du point de vue biologique, les avantages sont énormes (tout ce merveilleux relief vertical où la biomasse peut s’accumuler et les poissons se reproduire) ; la protection des récifs coralliens, assurée par les gardiens armés de la ferme perlière, est sans failles, et aucun autre secteur n’offre autant de possibilités d’emplois stables et lucratifs aux atolls isolés. Vous avez probablement entendu tout cela auparavant, mais faites-moi plaisir et laissez-moi reprendre mon plaidoyer depuis le début.

Les avantages de la perliculture

La perliculture offre aux communautés isolées une possibilité de développement idéale. C’est une activité durable, lucrative, qui est souvent, directement ou non, propice à l’environnement. Parmi les avantages directs, il faut citer l’atténuation des pressions exercées sur les stocks épuisés par des années de récolte de la nacre et la reconstitution des stocks d’huîtres perlières. Les avantages indirects sont, par exemple, la création d’un secteur d’activité viable et durable pour les zones rurales et les atolls isolés, et l’encouragement des populations à mieux gérer les ressources marines.

La perliculture est une activité éminemment durable, du point de vue de la gestion des stocks. Dans pratiquement toutes les régions du monde qui produisent, à l’heure actuelle, des perles de culture, elle repose sur la production de naissain en écloserie ou son prélèvement sur des collecteurs de naissain artificiels. La seule région où les perliculteurs continuent de récolter des stocks exclusivement dans la nature est l’Australie septentrionale et occidentale, où le ramassage d’huîtres naturelles est une activité permanente et strictement réglementée.

Les fermes perlières peuvent contribuer à la reconstitution des stocks surexploités en faisant office de centres de reproduction — concentrations denses d’huîtres adultes de grande taille, bien soignées. Cette grande quantité d’huîtres fécondes, proches les unes des autres, favorise la synchronisation de la ponte, accroît le taux de fécondation et augmente le nombre de larves viables, par rapport à celui que produit un stock épuisé dont les individus peuvent être espacés de plusieurs centaines de mètres, voire de kilomètres. En Polynésie française et aux Îles Cook, les stocks souffraient autrefois des hauts et des bas de la pêche d’huîtres liés uniquement à la valeur de la nacre. Or, au cours des dernières décennies, depuis l’arrivée de la perliculture à grande échelle sur ces atolls, les stocks naturels de naissain et d’huîtres ont augmenté de manière spectaculaire. Black Pearls, Inc. a sollicité un bail sur une ferme perlière à Hawaii, ce qui se justifie amplement par la nature de partenariat mixte public et privé du projet. Celui-ci prévoit à la fois l’aménagement d’une ferme perlière et un programme de reconstitution du stock. Les huîtres de la ferme constitueront le stock géniteur qui repleuplera les récifs environnants en huîtres endémiques de Hawaii, menacées d’extinction.

La perliculture est une activité qui demande une forte main-d’œuvre et qui offre des emplois, tant aux ouvriers de la ferme qu’à des secteurs de soutien connexes qui bénéficient de ses retombées économiques. Elle réduit ainsi la pression qui s’exerce sur d’autres ressources marines, les ressources récifales, par exemple, qui, sans elle, risqueraient d’être exposées à une exploitation commerciale excessive.

La perliculture incite en outre les communautés insulaires à gérer leurs ressources naturelles d’une manière plus responsable et les encourage à rétablir leurs régimes traditionnels de propriété des espaces marins. Dans une ferme perlière de Palawan (Philippines), où nous avons travaillé près de cinq ans, l’environnement marin qui en faisait partie était le seul où subsistait un récif corallien digne de ce nom. Avant l’implantation de la ferme, m’a-t-on dit, la pêche aux explosifs était couramment pratiquée dans toute la région. À l’heure actuelle, les récifs situés hors de portée des projecteurs et des kalashnikovs des gardiens de la ferme sont complètement dévastés. En revanche, ceux qui se trouvent sous les radeaux et les cordages de la ferme sont d’une beauté incroyable.

Les huîtres perlières sont des organismes filtreurs qui ne nécessitent pas d’alimentation complémentaire. Là où les eaux sont très troubles, les huîtres peuvent même améliorer la qualité de l’eau en éliminant les particules en suspension. Ces animaux sont très sensibles à toute perturbation de l’environnement. C’est pourquoi les fermes sont souvent implantées dans des zones reculées, et les exploitants, d’ardents défenseurs de la protection du milieu marin et de la gestion écologique de ses ressources.

Un large éventail d’organismes de protection de l’environnement et de développement apporte son appui à l’établissement de fermes perlières dans la région du Pacifique : The WorldFish Center en Malaisie, le programme Sea Grant College dans les territoires océaniens associés aux États-Unis d’Amérique, le Centre australien pour la recherche agricole internationale (ACIAR) et le Secrétariat général de la Communauté du Pacifique (la CPS, qui publie notre bulletin).

Nous croyons si fermement dans le pouvoir de protection de la perle que Black Pearls, Inc. s’est empressé de réaliser une vaste étude d'impact sur l'environnement dans le cadre d’un projet de création d’une ferme perlière présenté par le gouvernement des Îles Cook, qui voudrait développer la perliculture dans un parc national, dans le lagon éloigné de Suwarrow. Nous sommes convaincus qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre le statut de parc protégé et l’exploitation de la ferme perlière. Celle-ci donnerait même les moyens d’appliquer le plan de gestion du parc national et offrirait un certain degré de protection aux fragiles ressources récifales. Nous attendons que le gouvernement des Îles Cook prenne une décision en ce sens ; mais peut-être laissera-t-il languir Suwarrow.

Un bulletin teinté de vert

L’éveil d’une conscience écologique s’accélère. Bo Torrey a récemment consacré un numéro entier de sa revue Pearl World (The International Pearling Journal) au rapport de la Pew Oceans Commission, sous le titre "Qu’arrive-t-il à nos océans ?" Ce numéro était sous-titré "Vous aimez les perles ? Agissez davantage en faveur de l’environnement, sinon vous risquez de ne plus en trouver." Il faut féliciter Bo de prendre une telle position militante. Le rapport Pew ne traite pas directement de la perliculture. C’est pourquoi, au lieu d’en reproduire ici de vastes extraits, nous vous conseillons, si vous êtes intéressé par le sujet, d’écrire à Bo et de lui réclamer un exemplaire de ce numéro (volume 12, n° 2). Soit dit en passant, nous extrayons quand même, sans scrupule, des passages de plusieurs autres articles de Pearl World pour notre bulletin, comme d’habitude. Il n’existe pas de meilleure source d’information sur le monde de la perle, ce qui le touche, l’ébranle et l’agite.

Les conséquences de la perliculture sur l’environnement ont été, il y a peu, en Nouvelle-Galles du Sud (Australie), un sujet d’une actualité brûlante, lorsque le service des pêches et des partenaires du secteur privé ont proposé d’étendre des essais, jusqu’à présent pilotes, faits sur des espèces locales proches de l’akoya (Pinctada imbricata) à Port-Stephens. Ce projet a reçu un premier feu vert du commissaire à l’environnement, nommé pour statuer sur la proposition. Il semble toutefois que les adversaires de celle-ci en aient sonné le glas.

Tentant de jeter quelque lumière sur ce projet (ou peut-être tout simplement parce que c’est un sujet qui intéresse les scientifiques), les chercheurs qui y travaillent ont récemment publié un article qui montre l’énorme potentiel de biorestauration que présentent les huîtres perlières, en particulier leur aptitude à éliminer les métaux lourds d’eaux polluées.

Black Pearls, Inc. travaille, de son côté, depuis plusieurs années, sur un projet de recherche du Ministère américain de la défense, visant à valider l’utilisation de P. margaritifera pour surveiller la présence de métaux lourds. Nous publions des extraits du rapport de la première phase de ce travail ; une deuxième phase vient de commencer.

Deux autres articles méritent d’être soulignés. Dans la rubrique "Résumés", nous donnons une liste des documents reçus en vue des séances qui seront consacrées à la perle lors de la prochaine réunion de la World Aquaculture Society, à Honolulu, en mars 2004. Richard Fassler annonce cette réunion comme la célébration du dixième anniversaire de "Pearls ‘94". Nous espérons vous y voir.

Nous ouvrons la rubrique "Nouvelles et opinions" par une merveilleuse invective d’un greffeur en colère, qui s’en prend à votre rédacteur en chef pour ses "remarques négatives à propos de greffeurs qui ne veulent pas dévoiler leurs techniques de travail, et des honoraires soi-disant exorbitants qu’ils demandent". Cette lettre anonyme nous est parvenue par télécopie. Si l’auteur (ou les auteurs) s’était identifié et m’avait prié de répondre, je lui aurais signalé que ces remarques n’émanaient pas de moi. Je rédige les éditoriaux, et parfois un article de mon cru (sous ma propre signature), mais le reste du bulletin consiste dans des articles d’autres correspondants, ou des extraits d’articles publiés dans d’autres revues. En l’occurrence, ces remarques négatives concernant les greffeurs provenaient d’un extrait d’un fait rapporté dans les Cook Islands News, et qui reprenait lui-même des propos tenus par des perliculteurs des Îles Cook. C’est ce qu’ils ont dit ; quelqu’un d’autre l’a écrit. Nous n’avons fait que le recopier. Tous les lecteurs qui nous connaissent savent bien que nous aimons nos greffeurs.

Mais, ne nous faisons pas de souci ! Pour incendiaire, mal dirigée et anonyme que soit cette lettre, j’ai décidé de la publier quand même. Rien de tel que des paroles un peu vives pour maintenir nos méninges en éveil ! Nous avons tous besoin de dire ce que nous avons sur le cœur, de temps à autre, et auprès de qui s’épancher, sinon des lecteurs de notre bulletin local ? Si vous en éprouvez le besoin, prenez votre plume, ou pianotez sur votre ordinateur, et faites-nous savoir ce que vous pensez — même si vous avez tort !

Neil Anthony Sims



Sommaire

Coup d'œil sur le secteur

  • Le comité de suivi de la perliculture tient sa première réunion à Tahiti
  • Les prix de la perle dégringolent en Polynésie française à Tahiti : la fin de la chute libre est-elle en vue ?
  • C’est la faute à l’offre, idiot ! !
  • Des chiffres utiles à connaître : la production de perles de culture à Tahiti
  • Palau fait les yeux doux à la culture de la perle noire
  • Palau s’essaie à la culture de la perle noire
  • Feu vert pour un projet controversé de ferme perlicole en Nouvelle-Galles du Sud

Coup d'œil sur la recherche

La perliculture en Micronésie
Haws M., Ellis S. (pdf: 101 KB)
Les huîtres perlières, des indicatrices sensibles et sessiles pour contrôler la pollution diffuse par des métaux lourds
Sarver D., Sims N.A., Harmon V. (pdf: 67 KB)

Nouvelles et opinions

  • Les greffeurs cloués au pilori !
  • Les commentaires flatteurs... et une modeste suggestion d’un fabricant de nuclei par Tim Parrot

Des perles et des hommes

  • Entretien avec un gourou des écloseries
  • Demande d'aide pour l'identification de Pteria
  • Des nucléi en nacre pour le greffage des huîtres perlières

Résumés, travaux et articles récents

  • La conférence de la World Aquaculture Society : Honolulu, 1–5 mars 2004 : une réplique de "Pearls '94" (ou presque)
  • Autres publications

Publication complète:

L'huître perlière n°16 (pdf: )


 
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